Dans le cadre du projet IPTICAR, le déploiement des cellules locales d’internationalisation constitue l’un des chantiers les plus structurants du volet consacré à la gouvernance de l’internationalisation. Il s’agit d’accompagner les établissements d’enseignement supérieur et de recherche algériens dans la mise en place progressive d’un dispositif pérenne, capable de mieux organiser, piloter et valoriser leur ouverture internationale.
L’objectif n’est pas seulement de créer de nouvelles structures administratives. Il s’agit surtout d’aider les établissements à mieux coordonner les initiatives existantes, à professionnaliser le montage de projets internationaux, à renforcer les coopérations académiques et scientifiques, et à inscrire l’internationalisation dans une logique de pilotage stratégique, de qualité et de résultats.
Cette démarche s’est construite par étapes : une première phase test à Constantine, puis trois conférences régionales à Alger, Oran et Guelma, avant la formalisation d’une feuille de route régionale et l’organisation d’un premier webinaire de suivi. Cette progression a permis de passer d’un modèle théorique à une dynamique opérationnelle, adaptée aux réalités des établissements algériens.
Une phase test à Constantine pour éprouver le modèle
La phase test conduite à Constantine a constitué une étape décisive. Elle a permis de confronter le modèle proposé à la réalité du terrain, en travaillant avec les établissements autour de questions très concrètes : à quoi sert une cellule locale d’internationalisation ? Où doit-elle être positionnée dans l’établissement ? Quelles missions doit-elle porter ? Avec quels moyens ? Et surtout, comment éviter qu’elle ne soit perçue comme une structure supplémentaire, sans lien avec les priorités institutionnelles ?
Cette première expérimentation a permis de préciser le rôle attendu des cellules locales. Elles ne doivent pas seulement accompagner les mobilités ou relayer des appels à projets. Elles ont vocation à devenir des espaces de coordination, d’appui et de pilotage, au service de la stratégie internationale de l’établissement.
Plusieurs fonctions ont ainsi été identifiées : réaliser un diagnostic de l’internationalisation, centraliser les informations, accompagner les équipes dans le montage de projets, renforcer la veille sur les opportunités internationales, suivre les indicateurs, capitaliser les expériences et faire le lien avec la cellule nationale IPTICAR. La phase test a également montré l’importance d’associer plusieurs profils : responsables des relations internationales, enseignants-chercheurs, responsables pédagogiques, services projets, qualité, numérique, formation, recherche et relations socio-économiques.
Constantine a donc permis de tester un principe essentiel : l’internationalisation ne peut pas reposer uniquement sur quelques personnes volontaires. Elle doit être organisée, documentée, suivie et reliée à la stratégie de l’établissement.
Passer d’une logique de sensibilisation à une logique de structuration
À partir de cette phase test, le projet IPTICAR a pu entrer dans une deuxième étape : le déploiement régional. Les trois conférences organisées à Alger, Oran et Guelma avaient pour objectif de diffuser le modèle, mais aussi de l’adapter aux réalités des territoires et des établissements.
Ces conférences n’ont pas été conçues comme de simples temps d’information. Elles ont été pensées comme des espaces de travail, de diagnostic et de co-construction. L’enjeu était de permettre aux participants de repartir avec une vision claire des missions d’une cellule locale, mais aussi avec des premières pistes d’organisation et une méthode de déploiement.
Elles ont également permis d’inscrire les cellules locales dans une architecture plus large : une cellule nationale de coordination, un réseau de points de contact nationaux et des cellules locales implantées dans les établissements. Cette organisation en réseau est essentielle pour éviter l’isolement des établissements, harmoniser les pratiques, mutualiser les outils et faire remonter les besoins du terrain.
Alger : poser le cadre national et régional
La conférence régionale d’Alger a marqué le lancement officiel de la dynamique de déploiement. Elle a permis de poser les bases communes du modèle IPTICAR et de clarifier les articulations entre les différents niveaux de gouvernance.
Les échanges ont porté sur les missions des cellules locales, leur positionnement institutionnel, leur lien avec les directions, les services existants et les équipes pédagogiques et scientifiques. Une attention particulière a été accordée à la gouvernance interne : pour fonctionner, une cellule locale doit être reconnue par l’établissement, disposer d’un mandat clair et être intégrée aux circuits de décision.
La conférence d’Alger a également permis de travailler sur les outils de diagnostic. Les établissements ont été invités à identifier leurs forces, leurs besoins, leurs ressources disponibles, leurs partenariats existants et leurs marges de progression. Ce travail a ouvert la voie à une approche plus structurée de l’internationalisation, fondée sur des données, des objectifs et des priorités.
Un autre point fort de cette étape a été l’introduction de la gestion axée sur les résultats (GAR), de la démarche qualité et du pilotage par les indicateurs. Ces notions sont centrales pour IPTICAR, car elles permettent de dépasser une approche ponctuelle de l’internationalisation. Il ne s’agit pas seulement de compter des mobilités ou des conventions signées, mais de comprendre ce que ces actions produisent réellement pour les établissements, les étudiants, les enseignants-chercheurs et les territoires.
Oran : adapter le modèle aux besoins des établissements et des territoires
La conférence régionale d’Oran a permis d’approfondir la réflexion à partir des réalités des établissements de l’Ouest algérien. Cette étape a mis en évidence la diversité des situations : certains établissements disposent déjà d’expériences solides en coopération internationale, tandis que d’autres ont besoin d’un accompagnement plus structuré pour organiser la veille, monter des projets ou formaliser leur stratégie.
Les ateliers ont permis de travailler sur la question de l’adaptation du modèle. Une cellule locale ne peut pas être identique partout. Elle doit tenir compte de la taille de l’établissement, de ses formations, de ses domaines de recherche, de son ancrage territorial, de ses partenariats existants et de ses ambitions internationales.
À Oran, la réflexion a aussi porté sur le lien entre internationalisation, professionnalisation et développement territorial. Les participants ont été amenés à réfléchir à la manière dont les projets internationaux peuvent soutenir l’employabilité des étudiants, l’innovation pédagogique, les liens avec les acteurs socio-économiques et la visibilité des établissements.
Cette conférence a ainsi permis d’élargir la compréhension de l’internationalisation. Elle ne se limite pas à la mobilité ou aux partenariats institutionnels. Elle peut devenir un levier de transformation des formations, de développement de compétences, de coopération avec les entreprises, d’ouverture sur les territoires et d’innovation.
Guelma : consolider la feuille de route et renforcer la logique de résultats
La conférence régionale de Guelma a constitué une étape importante de consolidation. Elle a permis de revenir sur les acquis des premières séquences et de renforcer la dimension opérationnelle du déploiement.
Les échanges ont porté sur la mise en place concrète des cellules locales, mais aussi sur leur inscription dans les projets d’établissement, les contrats d’objectifs, les démarches qualité et les tableaux de bord de suivi. Cette étape a permis de mieux relier IPTICAR aux transformations plus larges engagées dans les établissements algériens : gouvernance, performance, amélioration continue, pilotage par la donnée et gestion axée sur les résultats.
À Guelma, une attention particulière a été accordée aux livrables attendus. Chaque établissement devait pouvoir avancer vers une feuille de route réaliste, avec des priorités, des responsabilités identifiées, des indicateurs et un calendrier. La question n’était plus seulement de comprendre le modèle, mais de commencer à le mettre en œuvre.
Cette conférence a également permis de travailler sur les projets européens, notamment Erasmus+, les projets de Capacity building et les enjeux budgétaires. Les cellules locales ont été présentées comme des points d’appui essentiels pour aider les équipes à identifier des appels, structurer des consortiums, accompagner les enseignants-chercheurs et sécuriser les dossiers.
Une feuille de route régionale pour passer à l’action
À l’issue des trois conférences régionales, la feuille de route régionale est devenue l’outil central de la démarche. Elle permet de traduire les échanges en actions concrètes, avec une progression par étapes.
Cette feuille de route repose sur quelques principes simples. D’abord, chaque établissement doit identifier ou confirmer les personnes référentes de sa cellule locale. Ensuite, il doit clarifier le positionnement de cette cellule dans son organisation interne. Il doit également réaliser un premier état des lieux de son internationalisation : partenariats, mobilités, projets, ressources humaines, besoins de formation, outils disponibles et obstacles rencontrés.
La feuille de route prévoit aussi une logique de priorisation. Les établissements ne peuvent pas tout faire en même temps. Il est donc nécessaire d’identifier des actions à court terme, comme la désignation des membres de la cellule, l’organisation d’une première réunion interne, la collecte des données de base ou l’identification des appels à projets prioritaires. À moyen terme, les établissements peuvent travailler sur la formalisation d’une stratégie internationale, la construction d’un tableau de bord, la structuration d’un portefeuille de projets et la mise en place de procédures internes.
Enfin, à plus long terme, les cellules locales doivent contribuer à une transformation plus durable : intégration de l’internationalisation dans les projets d’établissement, articulation avec la qualité, professionnalisation du montage de projets, développement de partenariats structurants et participation active au réseau national IPTICAR.
Un premier webinaire de suivi pour maintenir la dynamique
Le premier webinaire de suivi a joué un rôle important dans la continuité du déploiement. Après les conférences régionales, il était essentiel de ne pas laisser retomber la dynamique. Ce temps à distance a permis de faire un premier point sur l’avancement des établissements, d’identifier les difficultés rencontrées et de rappeler les prochaines étapes.
Le webinaire a également permis de commencer à animer le réseau des cellules locales. Cet aspect est fondamental. Une cellule locale ne doit pas fonctionner seule dans son établissement. Elle doit pouvoir échanger avec les autres cellules, partager ses outils, comparer ses pratiques, poser ses questions et bénéficier d’un accompagnement commun.
Ce premier suivi a aussi permis de renforcer la logique de redevabilité constructive. Il ne s’agissait pas de contrôler les établissements, mais de les aider à avancer, à documenter leurs progrès et à identifier les appuis nécessaires. La démarche IPTICAR repose sur cette idée : accompagner le changement, plutôt que l’imposer.
Une dynamique au service de l’Université 4.0
Le déploiement des cellules locales s’inscrit pleinement dans la nouvelle orientation portée par l’Université 4.0. Il s’agit de construire des établissements plus agiles, plus connectés, plus ouverts sur leur environnement et capables de piloter leurs actions à partir de données fiables.
Dans cette perspective, les cellules locales d’internationalisation peuvent devenir des lieux de convergence entre plusieurs priorités : internationalisation, qualité, gestion axée sur les résultats, transformation numérique, professionnalisation, projets européens et coopération avec les acteurs socio-économiques.
Elles peuvent aussi contribuer à améliorer la visibilité des établissements algériens à l’international. En centralisant les informations, en structurant les partenariats, en accompagnant les porteurs de projets et en produisant des données de suivi, elles renforcent la capacité des établissements à se positionner dans des coopérations plus ambitieuses.
Une méthode progressive et collective
L’un des enseignements majeurs de cette séquence est que la transformation institutionnelle ne peut pas être décrétée. Elle doit être accompagnée, testée, ajustée et appropriée par les acteurs.
La phase test à Constantine a permis de vérifier la pertinence du modèle. Les conférences d’Alger, d’Oran et de Guelma ont permis de le partager, de l’adapter et de le régionaliser. La feuille de route a permis de passer de la réflexion à l’action. Le webinaire de suivi a commencé à installer une culture du réseau, de la continuité et de l’amélioration progressive.
Cette démarche donne à IPTICAR une portée très concrète. Le projet ne se limite pas à produire des recommandations. Il accompagne la mise en place d’outils, de pratiques et de modes de coordination qui pourront durer au-delà du projet.
Vers une communauté nationale de pratiques
Le déploiement des cellules locales ouvre désormais une nouvelle phase : la structuration d’une communauté nationale de pratiques autour de l’internationalisation. Cette communauté pourra permettre aux établissements de partager leurs expériences, de mutualiser des ressources, de capitaliser les réussites et de construire des réponses collectives aux défis rencontrés.
Elle pourra également renforcer le lien entre la cellule nationale, les points de contact, les établissements et les partenaires internationaux. À terme, cette organisation en réseau peut devenir un levier important pour améliorer la participation des établissements algériens aux programmes européens, développer des projets structurants, renforcer l’attractivité internationale et soutenir la modernisation de la gouvernance universitaire.
En ce sens, le déploiement des cellules locales d’internationalisation représente bien plus qu’un dispositif technique. Il constitue un levier de transformation institutionnelle. Il permet de faire de l’internationalisation non plus une somme d’initiatives isolées, mais une politique organisée, pilotée, partagée et durable.
Avec cette étape, IPTICAR confirme son rôle d’accompagnement stratégique auprès des établissements algériens. Le projet contribue à installer une nouvelle culture de l’internationalisation : plus structurée, plus collective, plus orientée vers les résultats et plus connectée aux grands enjeux de transformation de l’enseignement supérieur.

